Le CES Risques maladie infectieuses vient de publier deux contributions sur santé et télédétection dans la revue franco-brésilienne de géographie, Confins. Les deux contributions sont accessibles en ligne et en intégralité.

Observer la Terre pour appréhender spatialement les inégalités de santé : regard historique et prospectif sur l’utilisation de la télédétection dans le domaine de la santé

Vincent Herbreteau, Daouda Kassié, Emmanuel Roux, Renaud Marti, Thibault Catry, Artadji Attoumane, Christophe Révillion, Jérémy Commins, Nadine Dessay, Morgan Mangeas et Annelise Tran

En prenant de la hauteur et en offrant une vue élargie des territoires, les images satellite et les photographies aériennes permettent d’appréhender les facteurs environnementaux qui peuvent conditionner la santé des populations. Depuis l’essor de la télédétection satellite à partir des années 1970, son usage dans le domaine de la santé a connu des succès modérés. Si son potentiel a été largement évoqué dans la littérature jusqu’aux années 2000, son apport opérationnel ne s’est pas imposé. Ce n’est que récemment que les applications en santé se sont enrichies et multipliées par le développement d’approches interdisciplinaires. Cet article vise à questionner les usages de la télédétection appliquée aux questions de santé selon les aspects techniques, historiques, et thématiques afin d’identifier les verrous. Il propose tout d’abord une vue didactique des principes théoriques, des données disponibles et des usages possibles. A travers une étude bibliographique, il offre un regard rétrospectif sur l’évolution de sa mise en œuvre dans le domaine la santé, qui permet de synthétiser les contributions actuelles : pour la cartographie opérationnelle, pour la surveillance et l’analyse des dynamiques des maladies infectieuses ou, dans une moindre de mesure, pour appréhender les vulnérabilités des populations comme les difficultés d’accès aux soins. Enfin, l’article conclut sur les limites, les recommandations et les perspectives pour optimiser ces usages dont les verrous sont souvent techniques et structurels mais pour lesquels des méthodologies doivent encore être développées.

https://journals.openedition.org/confins/15362

 

Apports de la combinaison d’images satellites optique et RADAR dans l’étude des maladies à transmission vectorielle : cas du paludisme à la frontière Guyane française – Brésil

 Thibault Catry, Auréa Pottier, Renaud Marti, Zhichao Li, Emmanuel Roux, Vincent Herbreteau, Morgan Mangeas, Laurent Demagistri, Helen Gurgel et Nadine Dessay

La distribution des moustiques vecteurs du paludisme est contrôlée par divers facteurs comme le climat, les types d’occupation du sol, ou les activités humaines. Dans la région amazonienne, des foyers endémiques de paludisme subsistent, notamment à la frontière entre la Guyane française et l’état d’Amapa au Brésil. Cette zone, longue de plus de 300 km, présente de nombreuses difficultés dans la collecte des informations nécessaires à la gestion sanitaire des populations présentes. Dans ce type de contexte géographique bénéficiant de peu de données, isolé et transfrontalier, une méthodologie fondée sur l’exploitation d’images de télédétection est particulièrement adaptée. Les données de télédétection présentent une large couverture spatiale, et une gamme importante de résolutions spatiales. Nous présentons ici une approche combinant des données satellite optiques et RADAR à haute et très haute résolution spatiale. Notre méthode permet de cartographier les différents types d’occupation du sol dans le contexte tropical frontalier Guyane française – Brésil, caractérisé par un fort ennuagement. Les résultats montrent que la complémentarité des capteurs optiques et RADAR permet de résoudre en grande partie la question de l’ennuagement persistant. En particulier, les classifications des différentes occupations du sol obtenues permettent de construire des indicateurs spatialisés en lien avec les espaces favorables à l’existence de gîtes larvaires et de zones de repos du vecteur du paludisme. A travers une discussion sur l’application de ces classifications composites à l’estimation du risque d’exposition vectoriel considéré à différentes échelles, ce cas d’étude illustre l'intérêt d’approches de télédétection satellite pour caractériser des éléments du paysage et l’occupation des sols, susceptibles de rendre compte de la distribution des populations vectorielles en lien avec la transmission d’arbovirus.

 
 

https://journals.openedition.org/confins/15027