Quand et pourquoi vous êtes-vous engagée dans Theia ? Qu’est-ce qui vous motive à vous impliquer dans une structure telle que Theia ?

Valérie Demarez : Mon engagement dans Theia trouve son origine dans le projet Maïseo auquel j’ai participé de 2012 à 2017 en collaboration avec la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne. J’ai découvert, en participant à ce projet, que les gestionnaires de l’eau, en France, n’avaient aucune connaissance des surfaces irriguées sur leur territoire. Mon objectif dans ce projet était donc de démontrer que les images de télédétection à haute résolution spatiale et temporelle (HRST) pouvaient permettre de détecter les cultures irriguées sur de grandes surfaces (6500 km² pour le bassin versant de la Neste).

À cette époque, je participais également à l’Unité Mixte Technologique Eau en collaboration avec l’INRA d’Auzeville et les Organismes Uniques de gestion de l’Eau (OUG) des bassins Tarn-Aval et Adour-Amont. Cette UMT a permis de mettre en lumière les besoins des OUG qui recoupaient ceux de la CACG, à savoir le besoin de méthodes et d’outils permettant de quantifier les surfaces et les volumes irrigués sur leurs territoires.

L’émergence de ces besoins, relativement récents en France, s’expliquent par le recours à des restrictions d’eau de plus en plus fréquent. En 2019, par exemple, des arrêtés de restrictions d’eau ont été pris au sein de 88 départements ! La raréfaction de la ressource en eau va s’aggraver suite au réchauffement climatique et à la pression démographique, en France comme dans de nombreux autres pays qui sont déjà dans des situations d’extrême urgence comme en Inde, en Afrique, ou en Australie. C’est cette nécessité à apporter des réponses concrètes aux enjeux liés à la gestion de la ressource en eau qui m’a conduit à proposer le CES Irrigation.

Comment se fait l’articulation entre votre travail de chercheuse et les actions menées au sein de Theia ?

Valérie Demarez : Le pôle Theia permet de définir un cadre formel au sein duquel nous organisons des échanges entre scientifiques et utilisateurs (gestionnaires, agriculteurs) qui font évoluer nos objectifs et nos méthodes. Par exemple, ce CES était initialement focalisé sur l’évaluation des surfaces irriguées mais suite à ces échanges, les chercheurs ont proposé d’étendre l’objectif de ce CES à l’estimation des besoins et des consommations en eu des cultures.

Ce CES m’a conduit à collaborer avec des chercheurs d’autres laboratoires qui développent des méthodes complémentaires et qui partagent un objectif commun : développer des méthodes robustes déployables sur n’importe quel territoire ou pays. C’est un enjeu de taille qui nécessite la mise en commun d’idées et de méthodes qui est facilitée par le CES.

Il me semble important de rappeler que le pôle Theia permet également d’avoir accès à des produits satellitaires prétraités, à forte valeur ajoutée. La mise à disposition de données prétraitées permet au chercheur de se centrer sur ses recherches plutôt que sur le prétraitement des images. Il s’agit d’une avancée considérable pour le travail des chercheurs et une aide à la diffusion de leurs méthodes.

Quels sont selon vous les principaux défis à relever par Theia ?

Valérie Demarez : Un des freins au développement de nos méthodes est la faible disponibilité des données in-situ nécessaires à la validation de nos approches. Les chercheurs dépensent beaucoup de temps et d’énergie à collecter eux-mêmes ces données ou à établir des conventions pour les récupérer. En France, certaines bases de données seraient fort utiles aux chercheurs mais elles sont inaccessibles pour des raisons de confidentialité. L’accès aux données ainsi que leur niveau de qualité varient selon les pays. Ce sont des difficultés auxquelles les chercheurs doivent faire face. Le pôle Theia pourrait permettre de faciliter l’accès aux données in-situ collectées par les organismes propriétaires.

L’utilisation des images satellitaires connait un essor considérable grâce aux récentes missions spatiales et l’existence de structures de mise à disposition des données telle que le pôle Theia. Toutefois, il manque souvent le maillon permettant d’assurer le transfert des méthodes et des outils développés au sein des laboratoires vers les utilisateurs scientifiques ou non. Le pôle Theia a, à mon avis, un rôle majeur à jouer ici. Le transfert est un enjeu crucial pour gagner la confiance des utilisateurs dont l’adhésion et le soutien sont indispensables pour répondre collectivement aux enjeux sociétaux à venir.

Valérie Demarez
CESBIO
@V.Demarez

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