Quand et pourquoi vous êtes-vous engagé dans Theia ? Qu’est-ce qui vous motive à vous impliquer dans un réseau comme Theia?

Jean-Pierre Wigneron : J’étais impliqué dans plusieurs comités dont les travaux ont abouti à la création du pôle Theia, notamment le PTSC (Pôle thématique Surfaces Continentales). Au niveau aquitain, j’ai co-animé le réseau AST Télédétection (Action scientifique transverse) de l’OASU (Observatoire Aquitain des Sciences de l’Univers) qui visait à créer un premier réseau de télédétection dans la région. Ce réseau a ensuite fourni une base pour l’Animation régionale Theia (ART) quand celle-ci s’est mise en place. J’ai aussi co-animé le réseau de télédétection au sein de l’Inra pendant de nombreuses années.

J’ai donc naturellement continué ces différentes activités au sein du pôle quand il a été créé. Theia joue un rôle important en rendant visible pour les tutelles et les ministères les travaux menés en France autour de la télédétection. Theia permet également une vraie animation scientifique et met en valeur les résultats obtenus dans les laboratoires.

Comment se fait l’articulation entre votre travail de chercheur et les actions menées au sein de Theia ?

Jean-Pierre Wigneron : Mes recherches personnelles et mes activités scientifiques au sein de Theia sont très imbriquées. Je participe au CES Humidité des sols et au tout nouveau CES épaisseur optique de la végétation (Vegetation Optical Depth, VOD) que j’ai initié et dont les travaux sont très proches de mes recherches personnelles. Dans les deux cas, il s’agit de montrer l’apport des données micro-ondes dans le suivi du cycle de l’eau et du carbone au travers des variables humidité du sol et biomasse. Le travail lancé dans le CES VOD, par exemple, s’appuie sur les résultats de différentes campagnes expérimentales que j’ai pu mener à l’Inra d’Avignon dans l’inversion du VOD sur des parcelles de soja, de blé ou de maïs, il y a presque 30 ans… Ainsi, c’est quasiment le même modèle (L-MEB pour L-band Microwave Emission of the Biosphere) mis au point et calibré sur ces champs agricoles qui est maintenant utilisé dans des algorithmes de la mission SMOS, montrant la robustesse d’une approche valide depuis l’échelle de la parcelle à une échelle continentale ou globale (d’une parcelle de soja aux forêts tropicales avec quasiment le même algorithme de traitement des données !). Ces différents résultats valident le potentiel des données micro-ondes passives pour mesurer la biomasse des couverts et l’humidité des sols et donc de proposer un développement de ces produits dans Theia. Pourquoi ? D’abord pour offrir une visibilité accrue à ces travaux, utiliser la caisse de résonance de Theia pour les faire connaitre et développer leur utilisation dans les applications. C’est ce que nous faisons avec les experts sur le cycle de l’eau et du carbone (P. Ciais, A. Ducharne, J. Chave etc. et bien d’autres à l’international).

Par ailleurs, un des défis actuels de la télédétection est de réussir à combiner les données d’observation de la Terre dans le suivi du fonctionnement des couverts. Par exemple pour le suivi des forêts, il est particulièrement intéressant de combiner des informations sur l’humidité du sol et la température de surface pour le suivi du stress hydrique, la biomasse, le LAI pour suivre l’activité photosynthétique et la phénologie, etc. La plupart des applications s’appuient aujourd’hui sur la combinaison des observations spatiales. Theia, en favorisant les échanges et les collaborations au sein de la communauté, contribue à rendre cela possible.

Quels sont aujourd’hui les défis pour l’avenir du satellitaire en France et pour Theia ?

Jean-Pierre Wigneron : De ce que j’observe en France aujourd’hui, il existe un soutien assez fort pour le développement de nouveaux capteurs et de nouveaux produits. Il faut maintenant à réussir obtenir un soutien équivalent en faveur du développement d’applications basés sur ces produits pour les valoriser au sein des grands instituts de recherche, comme l’INRAE ou le CNRS. En effet, la finalité de la télédétection n’est pas de produire une série d’images ou de produits, mais de venir en appui aux applications sur le cycle de l’eau et du carbone, le fonctionnement des écosystèmes, etc. Dans bien des cas, la télédétection est un outil indispensable sur des fronts de science qui ne peuvent être abordés efficacement sans l’apport des observations spatiales. Theia a donc pour moi un rôle « politique » important de sensibilisation des tutelles et des institutions de recherche sur ce défi, en mettant en valeur et en montrant tout l’intérêt des applications développées.

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