« Faire le lien par l’imagerie satellitaire entre l’environnement, les habitats favorables à des espèces vectrices ou réservoirs d’agents pathogènes et les populations humaines et animales à risque »

Qu’est-ce qui motive votre implication dans Theia comme animatrice du CES Risques Maladies Infectieuses (RMI) ?

Annelise Tran : Jusqu’il y a peu, le nombre d’équipes en France travaillant sur la thématique télédétection et santé était très réduit, même si la thématique a pris de l’ampleur ces quinze dernières années. Participer à Theia, qui aborde un large spectre de thématiques, permettait d’abord de donner une visibilité à nos travaux de recherche. Par ailleurs, ces travaux du CES RMI ont abouti à des outils et des méthodes opérationnels que Theia permet de transférer aux utilisateurs – ce qui est très motivant.

Aujourd’hui, Theia offre un portail unique où les utilisateurs peuvent trouver toutes les informations sur les applications de la télédétection pour les surfaces continentales, ce qui permet de faire le lien entre différentes thématiques. C’est particulièrement intéressant pour la thématique santé, pour laquelle on a besoin de produits d’occupation du sol, de données sur l’eau, sur l’urbain ou la biodiversité. Les liens entre toutes ces thématiques ou dynamiques de recherche sont visibles sur Theia. Pour moi, c’est une des belles réalisations de Theia de mettre en lien ces travaux, ces produits et ces équipes.

Comment cette implication s’articule-t-elle avec vos travaux de recherche sur l’utilisation de la télédétection en matière de santé ?

Annelise Tran : Dans le cadre des maladies infectieuses vectorielles ou zoonotiques, qui impliquent des espèces vectrices ou réservoirs dans le cycle de transmission, il s’agit de faire le lien par l’imagerie satellitaire entre l’environnement, les habitats favorables à ces espèces et les populations humaines et animales à risque. Pour documenter ces liens assez indirects entre images et santé, on a besoin de données d’observation de la Terre qui permettent de décrire l’habitat de ces vecteurs ou réservoirs, avec des résolutions spatiales et temporelles adaptées. L’offre en télédétection aujourd’hui devient intéressante avec, à la fois, de la très haute résolution spatiale et une répétitivité temporelle importante. On peut ainsi jouer avec ces différents types d’images pour obtenir des informations pertinentes. Ce qui manque encore, ce sont davantage de modèles capables d’établir ces liens successifs.

Dans le CES RMI, on propose ainsi à la fois des produits issus de la télédétection – occupation du sol, variations des surfaces en eau, par exemple – et des chaines de traitement et modèles qui permettent de faire ces liaisons successives : des cartes d’occupation du sol, couplées à des données météorologiques, permettent de dresser des cartes de risque d’abondance de vecteurs de maladies, par exemple des moustiques. Un autre exemple est celui des travaux menés dans le cadre du projet TEMPO sur la mobilité animale : des cartes des surfaces en eau et de l’occupation du sol sont utilisées pour simuler les déplacements d’ongulés domestiques et sauvages, ce qui permet de cartographier les zones de contacts entre ces espèces et le risque de transmission de maladies comme la fièvre aphteuse (Lire p. 6).

En tant que chercheuse au CIRAD, comment abordez-vous les questions du transfert et de la coopération avec les Suds ?

Annelise Tran : Au Cirad comme à l’IRD, la recherche s’organise en partenariat avec les Suds. Au Cirad, c’est par le biais des Dispositifs de recherche et d’enseignement en partenariat (DP). Je viens ainsi de passer six ans au sein du DP One Health Océan Indien qui regroupe tous les acteurs de la santé humaine et vétérinaire de la région. Le DP permet de mener des recherches en concertation avec les acteurs, afin de répondre au mieux à leurs besoins, ce qui favorise l’appropriation des outils ensuite. L’IRD dispose, pour sa part, de laboratoires mixtes internationaux – comme le LMI Sentinela sur les maladies infectieuses au Brésil – qui organisent une recherche en coopération ainsi que le transfert des méthodes et des résultats. Dans le domaine de la santé peut-être plus qu’ailleurs, la question du transfert ne se fait pas uniquement du Nord vers le Sud comme on pourrait le penser. Les recherches menées par les équipes du CES RMI depuis des années sur les maladies transmissibles par les moustiques sont d’abord nées des besoins des pays du Sud et ont permis de développer des outils opérationnels. Mais finalement avec l’arrivée du moustique tigre en France hexagonale, le transfert de méthodes et d’outils se fait aujourd’hui vers les agences régionales de santé au Nord !

À votre avis, quels sont les grands défis à relever à l’avenir pour Theia ?

Annelise Tran : Un grand défi pour Theia est, selon moi, celui de la formation. Theia permet déjà de rendre très visibles les produits de ses différentes thématiques et a habitué les utilisateurs à avoir recours à la télédétection. De nombreux acteurs de santé sont maintenant convaincus de l’intérêt des images satellitaires pour prendre en compte l’environnement lors d’études sur les maladies infectieuses.

Par contre, il reste encore beaucoup de choses à faire pour rendre les utilisateurs autonomes dans l’utilisation des produits et des méthodes de télédétection. Theia, dans sa mission de lien entre chercheurs et utilisateurs, doit y contribuer. Un autre défi est d’inclure la caractérisation, le suivi et la modélisation de l’impact du changement climatique dans les thématiques de Theia. Dans la santé comme dans d’autres secteurs, de forts impacts sont attendus. On va avoir besoin des données d’observation de la Terre et de modèles pour mieux comprendre les relations entre climat, environnement et santé et ainsi contribuer à anticiper l’impact sanitaire à venir des changements globaux, dont le changement climatique. C’est un défi à relever.

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